Défendre les peuples autochtones, et le divers, par Pierre de Vallombreuse, photographe

©Pierre de Vallombreuse

Après le succès immédiat du premier volume de la collection 36 vues consacré aux photographies de Bernard Plossu – le principe est de demander à chaque photographe sélectionné de commenter ses images -, Rémi Noël offre son deuxième titre au photographe globe-trotteur témoin des menaces pesant sur les peuples autochtones, Pierre de Vallombreuse.

Depuis 2018, et la publication chez The (M) éditions du superbe Une Vallée, l’actualité du photographe est riche, tant en expositions et projets de toutes sortes – voir notamment le festival estival de Lourmarin Réflexivité(s), article (en retard) à venir -, qu’en livres annuels, Au hasard des vents (EdiSens, 2019), Badjaos (Les Editions de Juillet, 2019), Lost Grace (Pierre Bessard Editions, 2021), Une classe américaine (Les Arènes, 2022), tous présentés dans L’Intervalle.

©Pierre de Vallombreuse

Une autobiographie parcellaire composée de 36 fragments – on apprend par exemple que le père de Pierre de Vallombreuse fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, à seize ans, le plus jeune parachutiste SAS de la France libre -, doublée d’une réflexion sur la fonction de l’art, tel est 36 vues, entreprise enthousiasmante.

Par où commencer ?

Laissons le hasard des mains en décider.

Je tombe sur un très beau portrait de Vossa, fils de chaman (Chine, 1995). Le témoignage est superbe – le photographe vient de passer une nuit à plus de 3000 mètres, dans les montagnes du Sichuan : « Au réveil, un ciel d’azur domine les étendues montagneuses infinies. Sentiment d’intense plénitude. Un Yi Noir se propose d’être mon guide et nous repartons sur les sentiers escarpés à la rencontre des montagnards. Je veux lui donner une rétribution pour ses services, mais à la vue des billets que je lui tends, il se drape dans sa cape, me tourne le dos avec dédain et, sans autre forme de procès, s’en va. Mon geste est un affront. Chez les Yi Noirs, l’argent n’est pas roi, l’honneur, oui. Les Yi avaient alors échappé, en partie, au rouleau compresseur de l’assimilation culturelle communiste. Un ami yi noir m’a dit : « Nous, nous ne baissons pas la tête comme les Hans, qui ne pensent qu’à l’argent. Au contraire, nous levons les yeux et regardons le soleil et les aigles bien en face. »

©Pierre de Vallombreuse

Là, c’est une image, terrible, d’un hameau peuplé de pygmées au Rwanda, dans une région où les Tutsis ont été massacrés, les pygmées étant parfois bourreaux ou victimes. Il fait un temps d’orage, la lumière dramatise la scène où l’on ressent les prémices de l’Apocalypse, ou du Jugement Dernier.

Portrait d’une prostituée photographiée dans un bar à l’entrée d’une base militaire du Chiapas (Mexique, 1998) : « Le lendemain, nous traversons un hameau-bordel, tenu par la mafia, perdu dans la campagne. Je fais des photos par la portière. Nous sommes immédiatement repérés. Nous filons alors à toute vitesse sur des pistes cahoteuses, pris en chasse par une grosse voiture noire aux vitres fumées. Après deux très longues heures de poursuite, elle disparaît enfin du rétroviseur. La peur au ventre, nous quittons cette région maudite. »

Avec Pierre de Vallombreuse, le tour de la planète est assuré (nombre de reportages ont été effectués pour le magazine GEO): on est en Indonésie avec un Papou ostracisé par la population (1997), avec les Palawan aux Philippines (2016) – le photographe a vécu dans leur vallée quatre ans, et y a séjourné pendant trente-six ans (voir ses nombreux livres) -, avec une femme Maya au Chiapas (1998) et les victimes de la violence étatique, au Sichuan, au Soudan, en Inde, en Colombie, en Ethiopie, au Paraguay, au Canada, en Bolivie…

©Pierre de Vallombreuse

Le photographe français travaillant au Leica (toujours au moins deux) montre un monde qui va très mal, des peuples et des terres méprisés par les puissances oligarchiques, une dégradation de l’environnement et des cultures ataviques paraissant inéluctable.

Le 36 vues de Pierre de Vallombreuse le Basque circumterrestre se lit aussi comme un livre d’aventures, fourmillant en outre d’anecdotes personnelles et de réflexions d’ordre ethnologique.

Et puis, cet aveu qui laisse présager un livre passionnant : « Depuis le mois d’août 2021, j’ai commencé à photographier, nuit et jour, le commissariat de police d’Arles. Une immersion intensive qui doit durer deux ans. Ce travail a pour ambition de montrer la police au quotidien, à travers les femmes et les hommes qui la composent. Ils exercent un métier très difficile, souvent ingrat, dangereux. C’est également une longue plongée dans les maux de notre société à travers ceux qui en sont généralement les premiers témoins. » 

©Pierre de Vallombreuse

Si le photographe cherchait parfois plus jeune à rencontrer des peuples et territoires encore préservés de la corruption générale, sa conscience citoyenne le porte davantage aujourd’hui vers les villes, la pollution des espaces (du dedans et du dehors) étant devenue un phénomène planétaire irréversible, du moins, à l’échelle humaine.

Pierre de Vallombreuse, 36 vues, conception graphique Olivier Verdon, réalisation graphique Patrick Le Bescont, éditions Poetry Wanted, 2022

https://francephotobook.fr/editeur/poetry-wanted/

©Pierre de Vallombreuse

http://www.pierredevallombreuse.com/

©Pierre de Vallombreuse

Le troisième volume sera confié à, oh bonheur, à… Max Pam

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