« l’érotisme « épouvantable en même temps que si beau », tel qu’il m’apparaît : je ne puis plus penser à des seins, à des gestes érotiques sans avoir envie de pleurer. Tant de candeur, tant d’espoir pour en arriver là ! Quelle mécanique ! Haine de ma mère… Pourquoi – jamais – n’ai-je été réellement amoureux » (Michel Leiris, 29 janvier…
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Liban, un effondrement, par Charif Majdalani, écrivain
« Je passe ma journée à courir d’une banque à l’autre, à convertir des dollars en livres selon le taux officiel, puis à comparer ce dernier à celui des banques, puis à celui des changeurs, puis à celui du marché noir, à faire des calculs, à planifier des dépenses moitié en chèque, moitié en liquide, avant…
De la zombification de la société russe, par Iegor Gran, écrivain
« La mutation de la Russie en un Zombieland toxique est ce qui a rendu la guerre possible. Il s’agit maintenant de comprendre les rouages de cette folie, ou, à défaut, de s’en approcher, pour pouvoir nous en prévenir, et, éventuellement, soigner les sujets atteints. » Les adolescents, qui se gavent de séries et de films d’horreurs,…
Les années pompes funèbres, par François Durif, écrivain
Untitel, Donald Judd, Marfa, Texas, 1984 « Pour quoi êtes-vous ici ? » (Robert Filliou) Vide sanitaire, de François Durif,est un livre de plis, de ballottements dans les forces contraires, de déplacements intimes, et de dialogue fin entre les vivants et les morts. « Mon récit risque d’être morcelé, je vous préviens – dans ma tête, un rond-point/ Ne…
Une mère disparaît, par Léonor de Récondo, écrivain
« Personne n’est rien avant d’être aimé. » (La Rose tatouée, Tennessee Williams) C’est une œuvre de silence et d’aveux, d’absence et de présences frôlées, d’attentions et d’obstination. Paru en 2021 chez Grasset, repris aujourd’hui en Livre de Poche, Revenir à toi, de Léonor de Récondo narre avec beaucoup de grâce la quête d’une mère disparue. Que…
The Voice, par Gaëlle Obiégly, écrivain
« Dans cent cinquante ans, je serai encore là. Je ne sais pas dans quel monde ni sous quelle forme. Un pied de pivoine, peut-être. Ou un faucon, j’aimerais bien. » Comment sait-on ce que l’on sait ? Par apprentissage (scolaire/intellectuel) ? Par intuition (lire Bergson) ? Par observation directe lorsque l’on travaille comme réceptionniste sur les Champs-Elysées ? Cette…
Milan Kundera, les silences d’un maître, par Ariane Chemin, journaliste
Il y a chez Ariane Chemin un respect et un amour de la littérature qui touchent profondément, et dont chacun de ses textes, notamment pour le journal Le Monde, continue, quel que soit le sujet de ses articles – ses lecteurs réguliers peuvent aisément le percevoir -, de témoigner. Les chanceux du Banquet de Lagrasse…
La femme massacrée et la possibilité d’une île, par Sophie Martin, écrivain
Unica Zürn « Il ne faut pas être beaucoup féministe pour devenir misogyne ; pour être souvent humiliée de la complaisance des femmes envers ceux qui les découpent et emportent en morceaux. » Il y a dans les phrases de Sophie Martin, alias Sophie Koltcha (La Fille de l’air, Mercure de France, 2013 ; L’Eau, 2018), une rage claire,…
Moi, infant d’Espagne, par Serge Airoldi, écrivain
Vue sur la baie, 1921, Juan Gris « Songes-tu parfois aux cris d’un combat, à ces hurlements terrifiants, ces bandits barbares qui demeurent dans la pire des mémoires, ce déchirement ultime avant l’autre empire ? Songes-tu à un visage, à un effroi particulier ? L’éclair de glace qui passe dans un regard et ton glaive qui tue. Ta…
Sensations de Rimbaud, par Denis Arché, écrivain, artiste visuel
« Un bel avantage, c’est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs… » (Une saison en enfer. Adieu.) Il s’agit à l’origine de la commande d’un essai biographique sur Rimbaud, transformée en geste libre de la part de Denis Arché, qui a construit avec Rimbaud, Images fantômes un éloge…
Une femme scandaleuse, par Annie Ernaux, écrivain
Ron Hicks, 1965 En exergue de son dernier très bref récit d’une liaison avec un homme de presque trente ans de moins qu’elle, Annie Ernaux annonce ce qui est la grande question de la littérature : « Si je ne les écris pas, les choses ne sont allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues. » Les…
Jean Eustache en vérité, par Sylvie Durastanti, compagne, scénariste, écrivain
« Dans les trois dernières années, les trois derniers mois, les trois dernières semaines de sa vie, Jean Eustache n’était pas le fantastique reclus halluciné, égaré en ses rêves, à jamais coupé du monde, mi-Howard Hughes, mi-Mabuse, que d’aucuns se plaisent à portraiturer. » (Sylvie Durastantià Je voulais tout écrire de mes impressions consécutives à la lecture…