Complices de l’ombre, André Breton et Jean Paulhan, écrivains

« Aragon s’excuserait de sa note hâtive. Comme moi c’est à Rimbaud qu’il fait remonter toutes ses grandes émotions en art. » (André Breton) Il y a entre André Breton et Jean Paulhan un profond respect intellectuel, doublé d’une méfiance du premier envers les institutions, soucieux cependant de s’assurer une reconnaissance. Leur correspondance – 160 lettres allant…

Le secret du Tintoret, par Jean-Paul Sartre, écrivain

Saint Georges et le Dragon, vers 1555, National Gallery, Jacopo Tintoretto « Au bord d’une lagune pourrie, sur la gauche, nous découvrons une considérable chenille aux ailes ligneuses et déchiquetées. Entre cette vermine et la fugitive, le regard établit un lien ; il suffit d’une reptation, d’un envol ou d’un saut et c’est fini : la Bête croquera…

La littérature sans fard, par Annie Ernaux, écrivain

L’île des morts, 1886, Arnold Böcklin « J’ai retrouvé une lettre de P. dans un dossier de factures datant des années quatre-vingt. Une grande feuille blanche pliée en quatre, avec des taches de sperme qui avaient durci le papier, lui donnant une contexture transparente et granuleuse. Il y avait seulement écrit, en haut, à droite, Paris,…

Duras intime, lettre à Michelle Porte, réalisatrice et amie

India Song, 1975, Marguerite Duras « Le temps a pris la forme de l’espace » (Proust, Contre Sainte-Beuve) Auteure de deux films consacrés à Marguerite Duras (1914-1996), Les Lieux de Marguerite Duras (1976) et Savannah Bay, c’est toi (1984), Michelle Porte fut pendant trente ans (1966-1996) l’une de ses grandes amies, adaptant au cinéma en 2004 pour…

Le temps retrouvé, Marguerite Duras, par Colette Fellous, écrivain

« C’est très simple, je voudrais retrouver le moment où soudain Marguerite s’est arrêtée de me parler et que tout s’est suspendu. Je resterai d’abord là, sur ces secondes, puis je partirais, sans destination précise, juste partir. Sur un morceau de soie. » Colette Fellous a bien connu Marguerite Duras, à qui elle rend hommage dans un livre…

Tout est détruit, rien ne l’est, par Philippe Sollers, écrivain

Délos, Cyclades, Grèce Il y a indéniablement une forte dimension gnostique dans l’œuvre de Philippe Sollers, le simple relevé de quelques titres en témoigne : Paradis (1981), Le Lys d’or (1989), Illuminations (2003), Une Vie divine (2006), Discours parfait (2010), Médium (2014), L’Ecole du mystère (2015), et le dernier-né, le plus explicite peut-être, Graal. Peu s’en…

Pierre Guyotat, le scandale, par Michel Surya, écrivain

©Catherine Hélie « Au commencement étaient les putains. » Pour qui a lu un jour Tombeau pour 500 000 soldats (1967) ou Eden, Eden, Eden (1970), il est évident que Pierre Guyotat est l’un des plus grands écrivains français des dernières décennies. Un écrivain scandaleux car habité par des visions témoignant d’une sorte d’épopée négative plongeant au cœur…

Au Goulag, par Varlam Chalamov, écrivain, et Luba Jurgenson, critique

« J’ai des doutes, beaucoup de doutes. Ce n’est pas seulement la question bien connue de tous les mémorialistes, de tous les écrivains grands et petits. Sera-t-il utile à quelqu’un, ce douloureux récit ? Son sujet n’est pas l’esprit vainqueur, mais l’esprit foulé aux pieds. Ce n’est pas l’affirmation de la vie et de la foi au…

Hauteurs de Goethe, écrivain

« Rien d’étonnant à ce que nous nous complaisions tous plus ou moins dans la médiocrité car elle nous laisse en repos, nous donnant le sentiment confortable de traiter avec des semblables. » Œuvre d’une vie, les Maximes et réflexions de Goethe, écrites çà et là sur des bouts de papiers, des brouillons, des feuilles volantes, des…

Ecrire au bruit des tarabouks, par Gustave Flaubert, écrivain, épistolier

« Si tu veux savoir l’état de nos boules, nous sommes couleur de pipe culottée. Nous engraissons, la barbe nous pousse. » Philippe Sollers a souvent recommandé de commencer la journée, non seulement par la lecture du journal (leçon de Hegel), mais par celle de quelques lettres de la correspondance de Voltaire, ou de Louis-Ferdinand Céline. Voltaire…

L’individuel et l’impersonnel, par Annie Ernaux, écrivain

Anna Thomson dans Sue perdue à Manhattan, Amos Kollek, 1997 « Quand je considère l’ensemble de ce journal, je suis frappée par le petit nombre de textes envisagés, portés, modifiés, rarement abandonnés, en quatre décennies. Il me semble que, rassemblés, ils dessinent la matrice d’une autre vie, inconnue à moi-même, sorte de toile abstraite aux lignes…