A l’occasion de sa première grande exposition personnelle à l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville (Seine-Maritime) intitulée Le dos des arbres, j’ai demandé à Clara Chichin de poser elle-même quelques mots sur ses images. Deux poèmes m’ont été adressés, que je confie à mon tour aux lecteurs de L’Intervalle. Membre depuis 2012 du studio Hans Lucas,…
Étiquette : Poésie
Aussi belle qu’inquiétante, une demeure photographique, par Amaury da Cunha
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi y a-t-il soudain rien plutôt que quelque chose, ou quelqu’un ? Demeure, recueil photographique d’Amaury da Cunha, qui aurait pu s’intituler Vers le visage, tente d’approcher ainsi, dans le questionnement, le mystère de la présence, trouvant des formes dans des pans de nuit, construisant délicatement des « petites…
De l’écriture comme trip machine, par Patrick Bouvet, poète
Trip Machine, de Patrick Bouvet (éditions de L’Attente, 2017), est une machine textuelle en cinq parties, soit un vaste ensemble de vers concernant le nouveau visage cybernétique de l’humanoïde terminal, une expérience de lecture à propos de notre devenir machine. Les guerres modernes, impersonnelles, évacuant jusqu’à l’idée même de réinvention de soi telle qu’exprimée par…
Tout chicorée, rond, torché, Gottfried Gröll, par Christophe Manon, poète
« Gröll se lève si tard qu’il prend son déjeuner le jour suivant. » Prenez Vie et opinions de Tristam Shandy, de Laurence Sterne (1718-1768), l’un des plus grands romans de la littérature occidentale publié en neuf volumes entre 1760 et 1770, soit la tentative de description d’une vie, si les digressions incessantes et l’irruption d’une famille…
Homélie de la parole trahie, par Olivier Py, poète
« Le désespoir n’est nulle part, le désespoir est partout, vos pères vous ont abandonnés et je viens, aujourd’hui, en frère réveiller votre révolte. » On connaît l’enthousiasme du poète, dramaturge, et officiel du théâtre, Olivier Py, son lyrisme, son rimbaldisme, son orphisme, son claudélisme, son biblisme, son amour de la langue et des corps masculins qu’elle…
Une vie ordinaire, par Paol Keineg, poète
« Le temps est beau, on voit les clochers de Hanvec et de Rumengol, et moi j’écrase les doryphores à deux pieds avec le sentiment exaltant d’écraser l’infâme. » Paol Keineg n’a pas besoin de jouer au poète pour en être entièrement un. Lorsqu’on connaît la sensation poétique de l’existence, sa fragilité, son inouï, sa drôlerie, et…
L’énigme et la beauté du temps arrêté, par Denis Roche, photographe
« Quand vous prenez une photo, quoi que vous fassiez, elle est remplie immédiatement, complètement. Vous ne pouvez pas soustraire le sujet à son environnement plein cadre. Vous ne pouvez rien y faire. Ce fait-là, j’ai besoin de le dire dans mes photos. Je ne suis pas un photographe de la décantation, plutôt de la sédimentation »…
Editer, rester vivant, hochroth-Paris, par Nicolas Cavaillès
J’ai découvert récemment, avec le plus grand enthousiasme, le catalogue des éditions hochroth-paris, structure éditoriale en expansion, née d’abord à Berlin. Consacrée à la poésie peu visible – expérimentale, du XVIe siècle, roumaine, albanaise, sarde, française -, hochroth-paris propose des livres d’une très grande qualité (contenu, maquette, impression), comme des bijoux baroques, rares et inspirants….
Bad news from the plafond, par Jules Vipaldo, poète et dératiseur
Vous me l’accorderez, un ouvrage commençant par « Ne pas confondre « souriquois » (nation indienne de l’Amérique du nord) avec « souriquois » (qui appartient à la souris / qui tient de la souris, dont ce texte) » ne peut pas être totalement raté. Bien plus, il est jubilatoire. Son titre, Le Banquet de plafond (éditions Tinbad, 2017), en dit la…
La poésie comme demeure, et machine, par Célia Houdart, Sabrina Ambre Biller, Jacques Cauda, Alain Jugnon, Christiane Veschambre et Frank Smith
« Tes lèvres sont comme un fil cramoisi, / Et ta bouche est charmante ; / Ta joue est comme une moitié de grenade, / Derrière ton voile. » (Le Cantique des Cantiques) J’ai rassemblé sur ma table de travail (dans un bar) quelques livres de poésie (sens large s’étendant à la parole parlante, soit toute la littérature)…
Ceija Stojka, numéro Z 6399 tatoué à Auschwitz, et rescapée
« Si je devais écrire tout ce que je pense, ça serait sûrement un livre infini de chagrin. » Il faut savoir gré aux éditions Isabelle Sauvage (Plounéour-Ménez, Finistère) de nous faire découvrir en français l’œuvre complète de Ceija Stojka (1933-2013). Après Je rêve que je vis ?, la publication de Nous vivons cachés, Récits d’une Romni à…
Quand les murs riaient, criaient et embrassaient les passants, Mai 68 par Walter Lewino, Jo Schnapp et Michèle Bernstein
« la marchandise est l’opium du peuple » Sur Mai 68, on écrit, on va écrire, n’importe quoi. Pourtant, les murs ont alors pris la parole, inventé des phrases de réveil, qu’il suffit d’écouter, de relire, de découvrir, dans toute la force de leur jeunesse, de leur audace et de leur implacable humour, pour avoir la sensation…