Valises d’exil et pluies de lumière, par Payram, photographe

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© Payram

Si la photographie est écriture de lumière, elle est aussi, loin de n’être qu’un phénomène optique, le visage de Dieu.

Les polaroïds et images argentiques que compose l’artiste iranien Payram, exilé à Paris depuis 1983, sont, dans les simples et délicates mises en scène qu’il imagine, des tentations de révélation d’un ordre supérieur de réalité.

La fragilité est un état ontologique de l’espèce humaine, trouée, défaite, balbutiante, cachant souvent par des édifices d’orgueil la difficulté d’être au monde.

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© Payram

Rien de tel avec Payram pour qui le tremblement est une chance, un atout, une preuve d’amour.

Ses images sont des empreintes tirant leur puissance d’aura de leur précarité même.

Que voit-on dans les photographies rassemblées dans le livre il y a beaucoup de lumière ici, publié par les éditions marseillaises Le Bec en l’air ?

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© Payram

Un fauteuil recouvert de poussière, trône pour clochard céleste emplissant le cadre d’une présence fantomatique.

Un homme se recueillant face à un chaos de pierres.

Une maison qui brûle, comme les portraits des proches, et les souvenirs.

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© Payram

La beauté de ceux qui comptent, leur visage, des autoportraits impossibles.

Payram photographie comme on bâtit un refuge dans la nuit, un abri pour les rescapés, une arche pour la mémoire, comme on regarde à la bougie un album de famille sauvé in extremis du feu ayant commencé à la dévorer.

Payram offre des mains en partage, des pieds nus, des yeux fermés, confiant à ses contemplateurs des prières à reprendre ensemble.

La vie est un jeu de cartes aux décrets cruels. Il y a les pleurs que l’on cache, et le cœur que l’on entrevoit, battant d’un rouge plus-que-vif dans le lointain de l’espace.

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© Payram

Un enfant naît, n’est plus, fors le berceau qui l’a protégé.

Le temps l’a avalé, comme il s’empare de toute innocence pour la ravager, mais il y a l’art, qui est survie de l’indemne, transformant du mal en pluies d’or, traversée des frontières, force d’abandon.

Passent une tourterelle, un nuage, un petit garçon porteur de lune, une barque sur la grève, des arbres, un bâtiment inachevé, un ange, des lits.*

Tout fait archive, tout est miracle, tout est départ et retour impossible.

C’est alors à la photographie de porter les valises, de conserver les effets et de les transmettre à qui saura les préserver pour les métamorphoser en possibilités de vie meilleure, plus incroyable encore que le malheur.

ILYA-couv

Payram, il y a beaucoup de lumière ici, éditions Le Bec en l’air, 2017

Editions Le Bec en l’air

Galerie Maubert

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Se procurer Il y a beaucoup de lumière ici

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