Ils ne mouraient pas tous, mais, par Rafael Garido, écrivain

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« Roues à aubes / que l’eau bregmienne retourne / . »

Livre hybride (textes/images), Vis-à-Vis, de Rafael Garido (éditions Zoème, 2017) est un ouvrage qui frappe immédiatement par l’inventivité de son dispositif et son bilinguisme assumé (français/espagnol) : une double couverture, une possibilité de faire pivoter l’objet, de le retourner et le renverser pour le lire deux fois, en cheminant autrement dans la forêt des mots.

Vis-à-Vis s’offre ainsi comme un faux palindrome, une structure en symétries ambiguës, un bloc d’images et de lettres sidérantes, sidérées, hantées par la douleur du monde, les forces noires de la répression, et sauvées quelquefois par des éclats de sublime.

Des attentes, des solitudes, des crânes fracassés, des animaux errants, des drones, et des crocs de boucher qui sont des caméras de surveillance.

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Vis-à-Vis est une ligne de front, un mur à la fois poreux et infranchissable, un œil écarquillé. C’est un regard de défi, une confrontation, de l’impossible, mais aussi une chance de rencontre, une ouverture de la conscience sur un mode à la fois hyperlogique et hallucinatoire.

La phrase se construit en se disloquant, tenant debout malgré la panique générale du sens.

Les points vont à la ligne comme des planètes autonomes, des impacts de balle sur un immeuble, ou la pellicule déposée sur la table de montage.

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Le corps se tord, se déforme, n’a jamais été formé, sans organe, ou avec des milliers, pour déjouer tout calcul.

Ça claque entre les dents, ça claque comme un foc, ça parle et hoquette Beckett, Artaud, Blanchot, Michaux, novarisant nez froid roulé dans la coke.

Puis le poème se rassemble, se replie, regroupe ses forces, flot du délire, flux des anecdotes, des mails, des lettres, une étendue bien ordonnée bientôt redevenue poudres vers.

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Où est-on ? L’a-t-on jamais su ? on lit plus loin, revient, triture, recompose, en cherchant à essouffler qui nous essouffle pourtant de plusieurs longueurs d’avance.

Pluie des poumons, sang giclé, brassé, retourné, mauvais.

Pour lire Rafael Garido, il faut apprendre à ne plus lire et se laisser envoûter, exercice périlleux, difficile, comme un passage en grandes pompes sous le porche de la physique moderne pour qui pense encore qu’il peut échapper à l’attraction du trou noir.

Prendre des ciseaux, y aller cut, légender en tous sens, ne rien respecter pour tout respecter.

Rafael Garido dont la rage réticulaire passe le texte à tabac tranche en prophète, ou monstre métaphysique.

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Ses images, trouvées sur l’Internet ou non, sont d’un continent de honte et de brûlure, de beauté et de violence.

Comme chez le poète et cinéaste Sylvain George, tout repose ici en révolte, parmi les sous-prolétaires de tous les pays désunis, les déportés, les déplacés, les défigurés.

« Toi et moi à même l’herbe / au soleil feuillage en haut / jusqu’aux osselets translucide un / passereau à travers / . »

2018-01-16 18.52.03

Rafael Garido, Vis-à-Vis, textes (français/espagnol) et photographies Rafael Garido, éditions Zoème, 2017

Editions Zoème

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