La République en marche, par Tendance Floue, collectif de photographes, et leurs amis

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© Julien Magre / Azimut / Tendance Floue

AZIMUT est une performance photographique par étapes réalisée par trente-et-un photographes à travers le territoire français, de Montreuil en Seine-Saint-Denis, lieu de résidence du collectif Tendance Floue, initiateur du projet, à Saint-Jean-de-Luz dans les Pyrénées Atlantiques.

Six volumes – un par lettre – ont été produits (présentés au fur et à mesure dans L’Intervalle), donnant lieu aujourd’hui à un livre reprenant l’ensemble des images et des trajectoires aux Editions Textuel, ouvrage accompagnant deux expositions, à Clermont-sur-Oise et Chalon-sur-Saône.

Bien entendu, pas d’obligations esthétiques, de ligne directrice imposée, mais simplement la demande d’arriver à l’heure au rendez-vous fixé pour passer symboliquement le témoin au nouveau marcheur.

Depuis 1991, les photographes de Tendance Floue – treize membres aujourd’hui – regardent le monde en tous sens, prenant avions, trains et toutes sortes de moyens de locomotion plus ou moins polluants. Les voici en 2017 lancés dans une déambulation poétique et introspective au rythme lent de la marche, dans une attention renouvelée au paysage, modestement, sans grandiloquence, humainement, refondant ainsi leur collectif par les pieds.   

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© Alain Willaume / Azimut / Tendance Floue

Leurs noms associés disent la singularité d’amitiés particulières, un pays en soi : Bertrand Meunier, Grégoire Eloy, Gilles Coulon, Meyer, Antoine Bruy, Marion Poussier, Denis Bourges, Pascal Aimar, Alain Willaume, Patrick Tourneboeuf, Flore-Aël Surun, Mat Jacob, Kourtney Roy, Pascal Dolémieux, Michel Bouquet, Julien Magre, Léa Habourdin, Frédéric Stucin, Mariner Lanier, Clémentine Schneidermann, Mouna Saboni, Guillaume Chauvin, Yann Merlin, Gabrielle Duplantier, Olivier Culmann, Laure Flammarion, Bertrand Desprez, Julien Mignot, Thierry Ardouin, Yohanne Lamoulère.

Formant un kaléidoscope un peu sauvage de la France d’aujourd’hui, les photographies d’AZIMUT témoignent de la possibilité d’un monde dans le démonde, de la persistance de formes, de visages, d’ensembles naturels, alors que progressivement s’éloigne la possibilité d’une rencontre et d’une véritable expérience avec l’autre, le prochain, le divers.  

L’enjeu est aussi existentiel dans la confrontation d’avec soi, la solitude, le vide, la fatigue, induite par la marche dans des espaces permettant la décélération et une resynchronisation intime.

Des mots, ou parfois des dessins, se joignent aux pas, chaque photographe écrivant aussi son périple.

AZIMUT est une rythmologie, une idiosyncrasie, une utopie réaliste multipliée par autant de pérégrins.

« Cette collecte de photographies et de sensations, précise Sylvain Besson, co-commissaire avec Anne-Céline Borey du musée Nicéphore Niépce, fait ressentir les émotions qui nous traversent lorsque nous marchons : rapport nouveau au temps, dénuement, fatigue et parfois souffrance. »

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© Frédéric Stucin/ Azimut / Tendance Floue

Apparaît dans le foisonnement des images assemblées un état de la France contemporaine, bien évidemment hypersubjectif – il s’agit moins de renouer avec les missions de la DATAR, à la valeur scientifique indéniable, qu’avec le situationnisme debordien héritier du surréalisme.

L’humour, les incongruités, les coups de pied dans les talus seront donc privilégiés.

Des ponts, des abribus, des ronds-points, des garages, et des sentes, des points d’eau, des clochers, des forêts.

Des visages, humains, animaux, végétaux, architecturaux.

Des phrases, banales, métaphysiques, essentielles.

Grégoire Eloy : «  La marche forcée est exaltante – elle devrait être prescrite sur ordonnance – mais il est temps de se calmer, tout va trop vite. »

Gilles Coulon : « Il pleut. »

Meyer, élégiaque : « Les vignobles laissent place à d’immenses plaines. Le blé émerge seulement, il ne domine pas encore la surface de terre blanche. La marche est dure. »

On le comprend, l’enjeu est autant photographique que de retrouvailles d’avec soi-même, d’avec son corps, d’avec le sol, les vents et les ciels.

Marion Poussier : « En arrivant à Glux-en-Glenne, je vois deux arbres enlacés. »

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© Marine Lanier / Azimut / Tendance Floue

Alain Willaume : « Je suis ici, je reconnais et je comprends, je partage ce qu’on me dit. Et tout est neuf. »

Flore-Aël Surun : « Il faudrait tant de chants et de prières pour tous ces arbres coupés. Colette, mon amie chamane, m’accompagne pendant cette marche. Chaque jour, je l’appelle. Après s’être reliée à moi, elle me donne des conseils pour la journée. »

Marcher, se lier, se relier autrement avec le parlement des vivants, et les invisibles.

Laisser monter les phrases, les cueillir dans une descente, dans un vallon, près d’une rivière, sous une tente, et les déposer précieusement sur le papier. 

Faire un feu, danser comme des dingues (Mat Jacob), s’ensauvager, fictionner à fond (Kourtney Roy), devenir fou d’une poussière, d’une trace sur le macadam (Pascal Dolémieux), d’un ancien puits de mine (Michel Bousquet), d’un drap qui sèche (Julien Magre).

Croiser des personnages de conte noir (Stéphane Lavoué), des cailloux interstellaires et si terrestres (Léa Habourdin), des gamins des rues (Frédéric Stucin), des bras de mer aurifères (Marine Lanier), des mélancolies adolescentes (Clémentine Schneidermann).

Guillaume Chauvin « sue tant qu’il ne pisse plus », Yann Merlin se roule par terre comme un cheval amoureux, Gabrielle Duplantier rencontre une intrépide à la recherche de son amant.

Ayant effacé sa carte mémoire, Olivier Culmann dessine (est-il seulement parti ?), alors que Laure Flammarion & Nour Sabbagh multiplient les vignettes photographiques d’une France aimant le jeu et le théâtre improvisé, innocente encore.

Bertrand Desprez est chanceux : des danseuses l’accompagnent.

La déambulation de Julien Mignot est rock, rock, rock, quand Thierry Ardouin l’alchimiste devient un maître du cyanotype.

Fin de parcours avec Yohanne Lamoulère la très humaine écrivant : « A Bidarray, dans la Nive, le Diable qui voulait parler basque et n’y arrivait pas s’est jeté de colère. Et nous, nous usons nos yeux à regarder. Ça pique. »

Voici AZIMUT, constellation de merveilleuses planètes photographiques, zigzaguant dans le désir et les difficultés, entre nature et culture, espaces du dehors et corps du dedans, œil et esprit.

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Tendance Floue, AZIMUT, Une marche photographique en France, préfaces d’Anne-Céline Borey et Sylvain Besson, texte de Héloïse Conessa, direction éditoriale Manon Lenoir, direction artistique Bertrand Meunier et Grégoire Eloy, design graphique Justine Fournier, Editions Textuel, 2020, 288 pages

AZIMUT – Tendance Floue

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© Mouna Saboni / Azimut / Tendance Floue

Editions Textuel

Expositions : à Clermont-sur-Oise dans le cadre des Photaumnales, du 19 septembre 2020 au 3 janvier 2021, et au Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône du 20 octobre 2020 au 20 janvier 2021

Photaumnales

Musée Niépce

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Se procurer Azimut, Une marche photographique

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