L’arche du paysage, par Jean-Baptiste Camille Corot, peintre

Jean Baptiste Camille Corot - Souvenir of the Bresle at Incheville - (MeisterDrucke-262371)

Souvenir de la Bresle à Incheville, Jean-Baptiste Camille Corot

« Les paysages de M. Corot, écrit en 1855 Maxime Du Camp, ne sont peut-être pas ceux que l’on voit, mais ils sont certainement ceux que l’on rêve. »

Ah Corot (1796-1875), l’admirable paysagiste, l’obstination à peindre en plein air, puis dans l’atelier, alors que l’âge le contraint.

Il est en Italie (plusieurs années, notamment à Rome), à Fontainebleau, à Ville d’Avray, entre Saint-Cloud et Versailles, en Normandie (étude particulière de l’eau et du ciel), il est la peinture même.

Mais qui était au juste Corot ? D’où vient-il, comment fut-il formé, que pensait-il ?

Vincent Pomarède, conservateur du patrimoine, directeur du département des Peintures du musée du Louvre de 2003 à 2014, et Gérard de Wallens, historien de l’art, ont mené l’enquête pour un volume de la collection Découvertes Gallimard publié en 1996, et disponible de nouveau aujourd’hui.

Délicatesse d’une barque au couchant, d’une nymphe se coiffant dans la forêt sous une pluie de feuilles, d’une femme lavant son linge dans le lointain d’une rivière que recouvrent des frondaisons, d’un jeune berger jouant de la flute de Pan, d’une ronde de plaisirs.

Qu’est-ce que le beau pour Corot ? « C’est la vérité baignée dans l’impression que nous avons reçue à l’aspect de la nature. »

Entre le romantisme et le réalisme, il y a Corot, aimant la nature pour elle-même, pour son accueil, pour sa grâce, pour son repos.

Pourquoi ce fils de parents commerçants, à qui l’on ne connaît pas de talent artistique avant dix-neuf ans, ressentit-il le besoin de traduire en peinture la puissance et la délicatesse de l’environnement naturel ?

D’un côté un destin de marchand, vite repoussé, de l’autre celui d’artiste, embrassé, à l’instar de celui de Pierre-Henri de Valenciennes, maître du paysage néoclassique, ou de Achille Etna Michallon, « ancien protégé de David et paysagiste le plus prometteur de sa génération », auprès de qui Corot apprendra son métier, avant que de passer dans l’atelier de Jean-Victor Bertin.

Copier la nature n’a rien d’une servilité, c’est une réinvention, un acte poétique majeur.

Corot s’intéresse aux volumes, à la lumière changeante (thème des diverses heures du jour), aux atmosphères.

En Italie, outre les antiques, il étudie la figure humaine, les costumes, la beauté féminine.

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 L’Étang de Ville-d’Avray, vers 1867, huile sur toile, 40 x 61,5 cm, musée des Beaux-Arts d’Argentine, Jean-Baptiste Camille Corot

Enrichissant son éducation néoclassique « avec l’apport des paysagistes nordiques, flamands ou hollandais, et des peintres anglais contemporains », le peintre trouve dans la forêt de Fontainebleau « une succursale de l’Italie » où peindre en plein air.  

Le tableau La Cathédrale de Chartres est considéré comme l’un de ses premiers chefs d’œuvre, mais bientôt Corot parcourt la France entière, notamment la Bretagne, avant de retourner en Italie, passant de Gênes à Volterra (dans ses environs désolés, le peintre imagine son très beau Agar dans le désert) à Venise, progressant encore dans sa maîtrise de la lumière.

« Après mes excursions, dit-il, j’invite la nature à venir passer quelques jours chez moi ; c’est alors que commence ma folie : le pinceau à la main, je cherche des noisettes dans les bois de mon atelier ; j’y entends chanter les oiseaux, les arbres frissonner sous le vent, j’y vois couler ruisseaux et rivières chargés de mille reflets du ciel et de la terre. »

Passionné d’opéra, de théâtre et de danse (ah Le Concert champêtre très giorgionesque), Corot, à qui l’on reprocha quelquefois la raideur de ses figures humaines, alterne à partir de 1835 entre mythologie, religion et compositions historiques pour s’imposer au Salon.

Avec l’âge, le lyrisme de Corot s’affine encore, le réalisme cédant devant la recréation poétique, d’essence presque musicale, et le goût accru pour les visages.

Voilà une peinture sans tapage, simple et noble, dont le succès ne se démentira pas.

N’écrivait-on pas en 1936 : « Corot est l’auteur de 3000 tableaux dont 10000 ont été vendus en Amérique. » ?

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Vincent Pomarède et Gérard de Wallens, Corot, La mémoire du paysage, Découvertes Gallimard, 2020, 176 pages

Site Gallimard

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Se procurer Corot, La mémoire du paysage

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