Tina Modotti, révolutionnaire, photographe, amante sublime, un roman graphique par Marie-Claude Chauveau et Marie Ciosi

ob_79d215_1924-weston-tina-azotea

« Tina Modotti, ma sœur, tu ne dors pas, non. » (Pablo Neruda)

Tina sur l’azotea (1924) est l’un des plus beaux nus de l’histoire de la photographie.

Regardée par Edward Weston, la jeune modèle née en 1896 à Udine en Italie, photographe débutante arrivée à Mexico sur la recommandation de son mari, le peintre anticonformiste Roubaix de l’Abrie Richey, dit Robo, est aussi l’amante du photographe américain qui en a fait son assistante, son élève et son interprète.

tina-modotti-pages-contrejour-6

©Marie-Claude Chauveau & Marie Ciosi

Weston a dix ans de plus qu’elle, il est également marié, a quatre enfants, adore la tauromachie et les agaves.

Tous deux sont volages – mais Tina ne cessera pas de célébrer et aimer Robo -, l’amour est éclatant, Tina est une révolutionnaire en esprit et en corps.

Elle rencontre D.H. Lawrence, lit beaucoup (Oscar Wilde, Poe, Freud, Nietzsche), prend son envol, s’impliquant notamment politiquement aux côtés des militants du parti communiste.

31800-1

©Marie-Claude Chauveau & Marie Ciosi

L’art moderne mexicain et la culture précolombienne l’intéressant particulièrement, ainsi que la vie des femmes du peuple, elle développe à la fois une œuvre personnelle et un travail de photoreportage.

Elle vit désormais avec Julio Antonio Mella, révolutionnaire cubain en exil qui sera abattu dans la rue sous ses yeux, alors qu’ils revenaient du cinéma.

On la questionne, on la harcèle, on révèle à tous son immoralité pour les nus faits avec Weston.

Alors que sa reconnaissance internationale est certaine, elle est arrêtée puis expulsée du Mexique.

31800-4

©Marie-Claude Chauveau & Marie Ciosi

Sa vie d’engagement contre le fascisme ne s’arrête pas là – il y aura les années berlinoises, puis la participation à la guerre d’Espagne avec le Secours rouge international et le retour en Amérique où elle mourra d’une crise cardiaque (d’un empoisonnement ?) en 1942 à l’âge de 45 ans -, mais elle ne concerne pas le beau roman graphique publié aux éditions Contrejour que lui consacrent Marie-Claude Chauveau, pour les textes, et Marie Ciosi, pour les illustrations, uniquement consacré à ses années mexicaines (1923-1930).

Dans leur ouvrage en noir & blanc et en couleur – crayons, peinture, encres -, Marie-Claude Chauveau et Marie Ciosi incluent des carnets intimes et des dialogues imaginés, mais aussi des citations de lettres réelles, des articles de journaux, des archives.

Tina publie des photographies dans des revues stridentistes, mais qu’est exactement ce mouvement ?

Le manifeste des stidentistes dit ceci, magnifiquement : « Nous sommes Stridentistes, et nous lançons des pierres dans les maisons remplies de meubles vieillis par le silence, où la poussière dévore les pas de la lumière. Les mouches ne déposeront pas leur orthographe sur nos écrits, parce que, après avoir été lus, ils ne serviront qu’à emballer le sucre. Et nous, hérissés de rayons microscopiques, nous irons infligeant des décharges à ceux qui sont atteints d’indolence. »

La beauté de Tina fait chavirer les hommes. Dans son Journal mexicain (publié au Seuil en 1995), Weston, jaloux, écrit : « La prochaine fois, je ferai mieux de me trouver une femme laide comme le diable. »

Elle est belle comme le feu, libre, émancipée, indomptable.

Tina-Modotti

©Marie-Claude Chauveau & Marie Ciosi

Elle s’investit dans l’aide aux réfugiés politiques italiens fuyant le régime de Mussolini, elle rencontre Maïakovski, pose pour le peintre muraliste Diego Rivera, se sent solidaire des Indiens vivant dans le dénuement.

Le compagnon de Frida Kahlo dira d’elle : « Tina Modotti puise sa sève dans les racines de son tempérament italien. Toutefois c’est au Mexique que son œuvre artistique s’est épanouie et qu’elle a atteint une rare symbiose avec nos passions. »

Sa rencontre avec le passionné Julio Antonio Mella, proche des idées de Trotski, est un coup de foudre.

« Julio, écrit Marie-Claude Chauveau, vient habiter chez elle, ils ne se quittent plus. Dans cette relation amoureuse Tina est comblée. Bien sûr elle le prend en photo, un superbe portrait de profil devenu légendaire. Des images intimes aussi. Nu sur l’azotea ou dans la nature. Elle ne se lasse pas de son corps qui devient pour elle un nouveau paysage à travers lequel elle donne libre cours à sa sensualité. Elle est très inspirée. »

A sa mort violente, la police l’accusera d’avoir assassiné son amant. Tina !

Elle se radicalise, adopte la ligne dure du parti communiste.

En 1929, elle défend ainsi sa pratique photographique : « Parce qu’elle ne peut être produite que dans le présent et qu’elle rend compte de ce qui existe devant l’appareil, la photographie s’affirme comme le moyen le plus incisif pour enregistrer la vie réelle sous tous ses aspects, d’où sa valeur documentaire. Si l’on ajoute à cela la sensibilité et l’acceptation du sujet que l’on aborde, compte tenu de sa place dans l’évolution historique, je crois qu’elle mérite de jouer un rôle dans la révolution sociale. »

Tina Modotti, Les années mexicaines fait découvrir à tous la vie d’une femme admirable.

009256913

Tina Modotti, Les années mexicaines, textes de Marie-Claude Chauveau, illustrations de Marie Ciosi, conception graphique et réalisation Isabelle Nori, Contrejour, 2021, 128 pages

Editions Contrejour

Le voyage peut se prolonger avec l’anthologie de textes choisis et présentés par Jean-Claude Perrier, Le goût du Mexique.

On y lira notamment des textes de Jack London, Graham Greene, Jules Verne, Octavio Paz, Malcom Lowry, André Pieyre de Mandiargues, Italo Calvino, Antonin Artaud et J.M.G. Le Clézio.

Hippolyte Gomot, ancien ministre de l’agriculture français sous la troisième République, écrit au début du XXeme siècle un article intitulé L’agave, un aloès mélancolique : « Mexico compte actuellement neuf cent cinquante débits de pulque, dont quelques-uns méritent d’être visités. Les artistes mexicains les décorent parfois d’anacréontiques allégories, mais ils semblent avoir une prédilection pour les sujets héroïques. La pulqueria est à Mexico ce qu’est le débit de vins à Paris, l’estaminet à Bruxelles et le bar à New York. »

Pour la découverte des anacréontiques allégories, rendez-vous demain au pays du mezcal fantastique.

009551294

Le goût du Mexique, une anthologie, textes choisis et présentés par Jean-Claude Perrier, Mercure de France, 2021, 122 pages 

Mercure de France – site

logo_light_with_bg

Se procurer Tina Modotti, Les années mexicaines

Se procurer Le goût du Mexique

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s